Le mythe de la caverne au 3ème millénaire !

 

Dans une vidéo TEDx de Londres en juin 2015, le mythe de la caverne exposé par Platon est brillamment revisité par Yuval Noah Harari. Je vous recommande cette vidéo qui se résume ainsi : la réalité est une histoire inventée pour favoriser la coopération entre les humains… pour le meilleur ou pour le pire. Sans les effets spéciaux du film Matrix, il nous démontre scientifiquement et avec brio pourquoi nous vivons dans une matrice fruit de l’imagination humaine.

Voici quelques idées à retenir :

  • Par notre imagination, nous avons inventé Dieu, les religions, les droits de l’Homme, les nations, les États, les monnaies… c’est ce qui nous différencie fondamentalement d’un animal, quelle que soit son intelligence (dauphin, singe…).
  • Nous vivons dans une double réalité : objective et fictive. Les animaux ne vivent que dans une réalité objective (des choses observables et quantifiables comme des bananes ou des fleuves). Les humaines vivent aussi dans cette réalité objective, mais ils ont construit au-dessus de cette réalité objective, une 2ème couche de réalité : une réalité fictive.
  • La finalité de cette réalité fictive est de permettre la coopération des humains à grande échelle (des dizaines, centaines ou des milliers de savoirs et d’intelligences sont mis en synergie). Ils vont se rassembler pour aller sur Mars, bâtir une entreprise (business dream), construire des pyramides ou pour s’entretuer dans des croisades ou des guerres.
  • Cette réalité fictive est constituée des nations, des religions, des monnaies, des entreprises. Elle domine le monde parce qu’elle est devenue si puissante que la réalité objective est soumise à la réalité fictive alors que cette fiction n’est que le fruit de notre imagination.
  • La fin de la vidéo est hilarante : après avoir dépassé le singe grâce à une réalité fictive qui favorise les coopérations, l’humain est maintenant dépassé par la réalité objective que représentent les ordinateurs, les robots, l’intelligence artificielle. Dans ce Nouveau Monde, l’humain devient inutile. Ainsi, Yuval nous fait voyager de Matrix vers Terminator et nous explique comment la fiction (réalité fictive) pourrait devenir réalité (réalité objective) !

Je trouve que cette vidéo aide à prendre du recul sur le fonctionnement du monde en particulier avec la montée du populisme (une réalité fictive fruit d’une autre réalité fictive !). Cette vidéo pourrait contribuer à remettre en perspective les solutions qui restent à inventer if we don’t want to be terminated 😉

En complément, voici quelques extraits d’une interview remarquable sur le blog d’USI :

>>> Les humains n’ont pas de “d’instinct de coopération”. Si nous parvenons à collaborer avec de parfaits inconnus, c’est uniquement grâce aux mythes et aux histoires que nous nous sommes fabriqués – dieux, nations, argent, droits de l’Homme – et qui n’existent que dans notre imaginaire collectif. Et quand des millions de personnes ont les mêmes croyances, elles se plient aux mêmes lois.

Un chimpanzé est incapable de suivre ce cheminement de pensée. Vous ne pourrez jamais le convaincre de vous donner sa banane en lui promettant d’en avoir des milliers après sa mort, quand il ira au paradis des singes ! Seul Sapiens est capable d’inventer de telles histoires et d’y croire . Raison pour laquelle nous dominons le monde, et pas les chimpanzés.

>>> Qu’est-ce que nous, Sapiens, pouvons transmettre à nos enfants pour éviter qu’ils ne deviennent les tueurs en série écologiques que nous somme aujourd’hui ?

Sans hésiter : la différence entre la fiction et la réalité. Sans les entités fictives que nous créons (nations, dieux, argent, droits de l’Homme, etc.), les sociétés humaines ne fonctionnerait jamais à grande échelle. Mais il est très important d’apprendre à faire la part des choses. Pendant la majeure partie de l’Histoire, les hommes ont été tellement épris des fictions, qu’ils en ont oublié la réalité. Ces fictions ne sont plus alors à notre service. Nous en sommes devenus esclaves.

Un des meilleurs tests de réalité est celui de la souffrance : pour déterminer si une entité est bien réelle, il suffit de se demander « Est-ce qu’elle souffre ? ».  Si le temple de Zeus est incendié, Zeus ne souffre pas. Quand la valeur de l’euro baisse, l’euro ne souffre pas. Lorsqu’un pays est vaincu en temps de guerre, le pays en tant que tel ne souffre pas. C’est une métaphore. Par contre, lorsqu’un soldat est blessé à la guerre, il souffre réellement. Si un investisseur perd sa fortune dans une crise de la bourse, il en souffre. Quand une vache d’une exploitation industrielle est séparée de son veau à peine né, elle souffre. Nous sommes bien dans la réalité.

Pour ceux qui ont lu mon livre sur la stratégie du Thé, vous comprenez que toute organisation vit également dans une double réalité : objective et subjective.

Ainsi, face à une situation simple ou compliquée (par définition mono-dimensionnelle), avec du temps et de l’expertise, les managers vont très vite trouver la réalité objective et donc apporter la bonne solution.

Mais, face à une situation complexe (par définition multi-dimensionnelles), les managers ne verront la réalité objective qu’à travers le prisme de leur subjectivité (expertise métier, expérience, croyances, valeurs). Ils ne verront donc que la réalité subjective et risquent donc d’apporter la mauvaise solution.

Ainsi, la réalité subjective est une perception mono-dimensionnelle d’une réalité multi-dimensionnelles qui devient de facto une réalité fictive (puisqu’on invente une réalité qui n’existe pas !). Quand un décideur prend une décision fondée sur une fiction, on imagine facilement les conséquences. Et si c’est un décideur politique d’une grande puissance, le risque de se trumper est encore plus grand et les conséquences deviennent planétaires.

La finalité de l’intelligence collective (la fameuse coopération décrite par Yuval) est de rassembler autour d’une table les réalités subjectives pour faire émerger la réalité objective et ainsi trouver des solutions fondées sur des éléments factuels : quantifiables et observables. Pour mettre en œuvre l’intelligence collective, il faut être un leader paradoxal, capable d’une pensée complexe (latérale, paradoxale, holistique et systémique). Pour l’instant, c’est la pensée binaire qui domine notre monde… Je vous invite à créer dans votre entreprise et dans notre société, un monde haut en couleurs !

« Le pire n’est pas de croire ce qu’on voit mais de voir ce qu’on croit ! » Ozon Liniorence

En complément, voir cette petite présentation :

Intelligence collective & Création de valeur managériale

Et pour finir en beauté, une autre vidéo de Yuval plus longue mais tout aussi intéressante :

Qu’en pensez-vous ?

Author: Olivier Zara

www.olivier-zara.com

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