
Le Sénat français a voté une loi visant à instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle, afin de les obliger à rémunérer les auteurs et éditeurs pour l’exploitation de leurs œuvres dans l’entraînement des modèles d’IA.
Je suis prêt à donner tous mes livres aux acteurs de l’IA pour entraîner leur modèle. J’imagine que mes 15 livres vont contribuer à environ 10 paramètres sur 2500 milliards de paramètres. L’IA ne va jamais plagier mon contenu, donc je ne perds rien financièrement. Il n’y aura ni plagiat, ni même un court extrait. J’œuvre ainsi au bien commun, puisque l’IA permet d’innover dans de nombreux domaines, y compris la transition écologique. Les 10 paramètres ne m’appartiennent pas, puisque je n’en suis pas l’auteur, je ne suis donc pas légitime à réclamer des droits d’auteur.
Quant aux journaux, nul besoin d’attendre l’IA pour constater leur déclin depuis des années. Je ne suis donc pas surpris qu’ils réclament de l’argent, mais je ne vois aucun fondement moral ou juridique à leurs demandes. Cela dit, si OpenAI est prêt à payer pour ne pas avoir d’histoires, éviter le bad buzz… tant mieux pour les journaux. De mon point de vue, leurs demandes ne sont pas légitimes. Elles ne le seront pas plus avec une loi qui viendrait leur donner raison législativement, mais pas moralement.
L’IA a probablement déjà réduit les ventes de mes livres et le fera de plus en plus, puisqu’elle produit du contenu de qualité sur n’importe quel sujet. Mais, il y a d’autres causes, comme le TDA, amplifié par les smartphones, qui favorise la pensée rapide au détriment de la pensée profonde. Je suis en concurrence avec l’IA, mais elle ne “vole” pas mon contenu et je ne suis pas l’auteur des 10 paramètres (variables alphanumériques).
Pour cette raison, on cherche à inventer du droit pour que les acteurs de l’IA me payent des droits sur des variables que je n’ai pas écrites. Comme le dit très bien mon ami Marc Verstaen : “Si je lis tes livres et m’en inspire pour écrire les miens, je ne te dois rien, à part toute mon amitié.” Les artistes s’inspirent de beaucoup de contenus, personne ne paye de droits à leurs sources d’inspiration. Les acteurs de l’IA utilisent durant quelques minutes un contenu afin d’en extraire autre chose tout comme un artiste écoute un autre artiste et s’en inspire pour créer sa propre partition. Ce contenu utilisé par l’IA reste la propriété de son auteur, il n’est pas reproduit.
Certains auteurs parlent de prédation quand il s’agit en réalité d’inspiration et nous aboutirons donc à une extorsion (une sorte de racket légalisé !) si on reste sur le registre du droit de la propriété intellectuelle. Cela ne me gêne pas qu’on fasse payer des taxes à des entreprises, mais nul besoin de maquiller cela avec de la morale : “prédation”, “pillage des auteurs”. C’est totalement faux, parce que techniquement impossible. Pour le comprendre, il faut simplement sortir de l’idéologie et analyser la technologie.
Espérons que le Sénat français n’est pas dans une démarche idéologique, teintée d’anti-américanisme primaire, ou pire, que sa démarche est aussi simpliste que prendre l’argent aux riches acteurs de l’IA (qui sont en réalité, pour certaines entreprises, en faillite d’un point de vue comptable, recettes versus dépenses) pour le donner aux pauvres producteurs de contenus. Si c’est le cas, nous ne sommes plus dans le droit de la propriété intellectuelle, mais dans une action politique maquillée en action juridique. Dans ce cas, tout devient plus clair et compréhensible.
Cependant, le législateur se cache actuellement derrière des termes comme prédation pour justifier un impôt. Il faut de la clarté dans l’intention !
Nous avons déjà remplacé les ouvriers sur des chaînes de production avec des robots, les rames de métro sont automatisées, les avions peuvent atterrir tout seuls sans pilote, etc. Je peux dire avec certitude que l’IA est en train de m’invisibiliser avec l’aide du TDA qui fait que certains ne sont plus capables de lire un livre. IA + TDA est le binôme infernal pour les auteurs ! Mais, je ne vais pas essayer de remettre le dentifrice dans le tube. Je vais m’adapter à cette révolution technologique plutôt que de mettre mon énergie à la ralentir. Dans le cadre de la mondialisation, le Sénat français va simplement aider la Chine et les États-Unis à nous renvoyer à l’âge de pierre.
« Si l’intelligence artificielle est capable de m’imiter, c’est que je suis le problème – pas l’ordinateur » Alexandre Astier
Pierre Lévy, philosophe et grand penseur de l’intelligence collective, explique qu’il serait très heureux que l’IA soit entraînée sur ses textes. Il affirme que cela garantirait une petite influence de ses idées sur la mémoire collective.
Je suis d’accord avec lui. Mais, imaginons que le Sénat réussisse à créer un impôt sous couvert de “partage de la valeur” et que les acteurs de l’IA refusent de payer parce qu’ils ne veulent pas créer un précédent qui donnerait des idées à d’autres pays. Dans ce cas, la France, grâce à son Sénat, pourrait réduire considérablement son influence, ses modes de pensées, sa vision du monde, tout comme Hollywood avec ses films. Ce jour-là, on comprendra mieux le concept d’exception culturelle française, puisque l’IA sera entraînée sur tout ce qui n’est pas français. On appelle cela un effet rebond ou une externalité négative. Un impôt pour rien et une mémoire collective française qui n’influencera plus les milliards de paramètres.
Pour cette raison, le Sénat va taxer sur le fondement d’une présomption d’utilisation des contenus culturels : vous payez l’impôt, même si nous n’avons aucune preuve que vous utilisez du contenu français. On passe de la présomption d’innocence à celle de culpabilité : le pillage, le vol, la prédation… et une culpabilité éternelle, puisque l’exclusion réelle des contenus français ne fera pas disparaître la présomption.
Dernier défi : ces industries de l’IA, entreprises autonomes ou Business Unit, dépensent beaucoup plus que ce qu’elles gagnent pour le moment. Elles sont déficitaires. On taxe quoi ? Les revenus, les bénéfices ? Probablement un forfait et tant pis, si cela fragilise une industrie émergente… puisqu’elle est installée principalement à l’étranger !
L’IA générative porte une nouvelle révolution industrielle dont la caractéristique par rapport aux précédentes est la vitesse de sa diffusion et la puissance de son impact sur les organisations et l’humanité en général. Face à ces défis, on peut sûrement faire mieux que dégainer un impôt déguisé en “partage de la valeur” fondé sur une présomption de culpabilité.
Qu’en pensez-vous ?
Pour aller plus loin un article sur le sujet qui explore des points supplémentaires : https://lel.media/ia-sacrifier-notre-avenir-sur-lautel-du-droit-dauteur/
>>> Conférence : Gérez les risques décisionnels grâce à l’intelligence artificielle. Pour vous inscrire…
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