
Nous n’arrêterons jamais de consommer… Il est donc urgent de s’adapter, sauf à espérer une mutation génétique dans les prochaines années.
Extrait d’une audition de Jean-Marc Jancovici sur la chaîne du Sénat – 27 mai 2024 – Durée : 5’30 min
Retranscription de cette vidéo de Jean-Marc Jancovici (la version écrite de ce qu’il dit à l’oral permet de mieux s’approprier son discours) :
La quasi-totalité des êtres vivants partage une caractéristique qui est d’économiser le plus possible leur réserve d’énergie, parce que c’est un mode de survie pour faire face à l‘alimentation aléatoire et au fait d’échapper au danger quand on est un animal.
Donc, on accumule des réserves, et on en accumule autant qu’on peut. Que ce soit l’arbre, que ce soit votre chat qui roupille toute la journée, ou que ce soit nous, on accumule des réserves parce que ça permet de faire face à des périodes où on n’aurait pas à manger, ou pas assez à manger, et parce que ça permet éventuellement de faire face à un danger comme, par exemple, échapper à un prédateur. À ce moment-là, il faut être sûr d’avoir suffisamment d’énergie pour courir très vite, ou si on est soi-même un prédateur, courir très vite pour attraper la proie.
Donc, on a besoin d’accumuler des réserves. Et nous avons également besoin, depuis que nous sommes des civilisations des moyennes latitudes, d’accumuler des réserves pour passer la période où il ne pousse rien. On a besoin d’accumuler l’été de la farine (blé, foin) pour être sûr qu’on va passer l’hiver. Vous vous rappelez de cette vieille maxime qui n’existe plus aujourd’hui : « il ne passera pas l’hiver ». Il fallait passer l’hiver !
De ce fait, des siècles et des millénaires, et même des dizaines de millions d’années, puisqu’on partage ça avec l’essentiel des êtres vivants, font de nous des animaux paresseux et accumulatifs par nature. Si on peut en avoir le plus possible en se fatiguant le moins possible, on prend. C’est ce que les combustibles fossiles nous ont amenés : avoir le plus possible en nous fatiguant le moins possible. Je ne sais pas si c’est le striatum ou pas, mais c’est comme ça qu’on se comporte en pratique.
La dernière chose est que nous sommes des animaux sociaux. On vit en groupe, et dans le groupe, les éléments de statut sont importants parce qu’ils sont marqueurs de notre place dans la hiérarchie. Et notre place dans la hiérarchie nous confère des avantages. Si les éléments de statut n’avaient aucune importance, vous ne seriez pas sénateur, je n’aurais pas fait l’école Polytechnique, et tous les gens qui vont nous regarder n’auraient pas fait ce qu’ils ont fait ; et Porsche ne vendrait aucune voiture.
Les éléments de statut sont donc un moteur du comportement humain. Avec les combustibles fossiles, chacun a pu augmenter son statut. Puis, une fois qu’il y en a un qui a commencé, les autres suivent. Ce qui veut dire que le travail que nous avons à faire sur nous-mêmes dans cette affaire, c’est un travail sur les signes statutaires : qu’est-ce qui fait que l’on est bien considéré par le groupe ?
Alors, il y a eu des époques où ce qui faisait qu’on était bien considéré par le groupe n’était pas nécessairement monétaire ou matériel. Par exemple les moines, le clergé avaient des signes de reconnaissance de la part de la population qui n’étaient pas liés — en théorie, je dis bien en théorie — à ses possessions matérielles (même si les moines cisterciens ont partiellement démenti cette affirmation).
L’auteur auquel on fait appel dans Le Monde sans fin, Sébastien Bohler, a commencé par faire un bouquin sur le striatum auquel il impute nos comportements un peu animaux et notre envie d’accumuler, etc. Puis, ensuite, il en a fait qui s’appelle Où est le sens ?, dans lequel il dit : « Rassurez-vous, il y a quand même une superstructure dans le cerveau qui contrôle un peu tout ça et qui fait que l’on a besoin de sens ».
Pourquoi est-ce qu’il y a des gens qui s’engagent aujourd’hui ? C’est parce que le sens est quelque chose qui est important pour nous. Et ce qu’il va nous falloir faire comme travail sur nous-mêmes aujourd’hui, c’est d’arriver à trouver du sens et à trouver de la satisfaction, parce qu’effectivement, je crois que ce qui nous fait avancer fondamentalement, ce sont des sentiments positifs, pas des sentiments négatifs (sauf pour quelques rares psychopathes).
Il va nous falloir trouver du sens dans des choses qui sont compatibles avec la sobriété. Voilà, c’est ça le travail qu’il va falloir qu’on fasse sur nous-mêmes. Ce travail ne va pas être simple. C’est un travail qui ne relève absolument pas des ingénieurs que je représente. Cela ne relève pas des scientifiques des sciences dures qui étudient le climat, etc. Cela relève d’autres débats.
C’est cette place que pendant longtemps la religion a occupée dans nombre de pays, et occupe encore, mais beaucoup moins dans les pays occidentaux. Et il va falloir — alors je ne dis pas qu’il va falloir retrouver un fait religieux — mais ça y ressemble. Enfin, il va y avoir à un moment où quelque chose va devoir faire sens pour les individus sans que ce soit matériel, et permettre de faire société sans que ce soit nécessairement une course à l’accumulation.
Ce travail est aujourd’hui fait à trop bas bruit pour qu’il nous permette vraiment d’aller à la bonne vitesse dans le défi qui se présente devant nous. Ce travail est certainement aussi important que le débat sur les éoliennes, le nucléaire ou je ne sais pas quoi, parce qu’aucune marge de manœuvre technique ne résoudra notre problème tant que nous avons cette envie d’accumulation sans limite dont nous n’arrivons pas à nous débarrasser.
Jean-Marc Jancovici nous dit que notre salut viendra du sens. Ma proposition pour nous adapter est de créer un sens holistique : quelque chose qui a du sens pour tout le monde et pas uniquement pour les experts. La dimension “holistique” ne peut émerger qu’à travers une démarche de co-construction. Contrairement à Jean-Marc, Je pense que nous n’avons pas besoin d’un fait religieux qui pourrait générer des croisades écologiques pour traiter la crise climatique (externalités négatives).
Nous avons donc besoin d’une démarche de co-construction de ce sens holistique à travers l’architecture des décisions complexes (enjeux collectifs) qui est présentée dans ce livre : L’intelligence collective pour sauver la planète.
Êtes-vous prêt à co-construire un sens holistique ?
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