Êtes-vous prêt pour l’hybridation ?

Alors que nous étions dans un monde stable, en croissance, avec des énergies abondantes et peu chères, quasiment pas de guerre, toutes les décisions politiques prises dans les 50 dernières années nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui : crise climatique, guerre en Ukraine, problèmes économiques, sociaux, environnementaux (biodiversité), énergétiques, etc.

Si les processus décisionnels (rapport d’experts, sondages, lobbying…) mis en œuvre dans les 50 dernières années sont utilisés à l’identique dans les 50 prochaines années dans un monde VICA (volatil, incertain, complexe et ambigu), à votre avis, que va-t-il se passer ?

Je vous propose une réponse complète dans mon dernier livre : L’excellence démocratique. Dans cet article, vous aurez un aperçu avec quelques éléments.

La faute à pas de chance ?

La situation dans laquelle nous sommes n’est pas le fruit du hasard, de la chance ou de la malchance. C’est la conséquence directe de la somme de toutes les décisions prises par chaque gouvernement du monde depuis 50 ans. Je fais partie des gens qui considèrent que nous sommes dans une mauvaise situation en particulier à cause de l’inflation, de l’instabilité géopolitique, des feux, des inondations et surtout du manque d’eau et de nourriture dans certaines régions. Si vous pensez que tout va bien, qu’il ne faut pas dramatiser ou s’inquiéter, qu’on sera sauvé par la technologie ou notre résilience, vous n’avez pas besoin de perdre votre temps en lisant la suite de cet article.

Nous sommes dans une mauvaise situation parce que les dirigeants du monde ont pris de mauvaises décisions depuis 50 ans. Sur une longue période, ces décisions ressemblent à un micro-poison. Elles vous tuent lentement comme un cancer. On ne meurt pas foudroyé après avoir fumé un paquet de cigarettes, mais au fil du temps, la cigarette finit par vous tuer ! Pour nous, citoyens du monde, “tuer” signifie que ces mauvaises décisions vont dégrader nos conditions de vie plus ou moins fortement selon les pays où nous vivons.

Des personnes comme Jean-Marc Jancovici pensent qu’il faut mettre toute notre énergie dans la décarbonation du monde et je crois qu’ils ont raison. Des personnes comme Arthur Keller pensent qu’il faut mettre toute notre énergie dans la transformation de nos modes de production et de consommation et je crois qu’ils ont raison. Cependant, toutes ces personnes mettent leur énergie sur les symptômes, les conséquences et non sur les causes. Si nous ne changeons pas les processus décisionnels qui nous ont conduits à cette situation, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Non seulement nos mauvais processus décisionnels vont ralentir notre capacité à décarboner et à réinventer nos modes de production et de consommation, mais nous risquons sur le très long terme de répéter nos erreurs dans une boucle infinie. Cela explique peut-être pourquoi des civilisations ont disparu (la somme de leurs mauvaises décisions) tout comme des entreprises font faillite. On peut philosopher en disant que c’est le cycle normal de la vie (naître et mourir), mais la sagesse nous invite à ne pas reproduire nos erreurs.

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Albert Einstein

La folie serait donc de continuer à prendre nos décisions dans les 50 prochaines années à peu près de la même manière que durant les 50 dernières années.

Si vous souhaitez échapper à la folie, je vous propose de vous joindre aux personnes qui pensent qu’il faut mettre toute notre énergie dans la transformation de nos processus décisionnels au niveau politique. Demander aux dirigeants politiques de décider autrement est difficile parce que nous affrontons un micro-poison et non un virus foudroyant. Les choses se dégradent lentement et sur une longue période. Cela crée mécaniquement une forte inertie alors qu’il existe des solutions simples et puissantes pour mettre plus d’excellence décisionnelle dans la gouvernance démocratique.

Et pourtant nos dirigeants politiques prennent des bonnes décisions !

Si vous trouvez que j’exagère avec toutes ces “mauvaises décisions” parce que nos dirigeants politiques prennent quand même de bonnes décisions, vous avez à la fois raison et tort. En réalité, vous ne faites peut-être pas la différence entre simple, compliqué et complexe. Nous prenons de nombreuses décisions chaque jour. La plupart de ces décisions sont prises dans des situations simples : actions récurrentes, opérations quotidiennes. Il suffit de refaire plus ou moins ce qu’on a fait dans le passé pour prendre une bonne décision. De temps en temps, nous sommes dans des situations compliquées : résoudre un problème en faisant appel à une expertise. Avec un peu de temps, on trouvera une solution sûre à 100%. Le rapport d’experts ou le sondage aident à prendre des bonnes décisions. On peut suivre son intuition ou se fier à son expérience sans prendre de risques.

Parfois, nous sommes confrontés à des situations complexes : choix sur les modes de production ou de consommation, choix géopolitiques ou économiques, etc. Face à la complexité, il est impossible de trouver une solution sûre à 100% parce qu’il faut mobiliser différentes expertises. On parle d’enjeux collectifs. Chaque expertise ayant son propre langage, son propre cadre de référence, nous avons du mal à les mettre en synergie, à les relier, à les hybrider que ce soit dans la tête d’une seule personne ou de plusieurs dans une réunion.

Malheureusement, la plupart des dirigeants politiques ne font pas la différence entre simple, compliqué et complexe. Ils pensent que leur succès dans les situations simples et compliquées, succès fondé sur leur intuition, leur courage, leur expertise ou leur expérience, va garantir leur succès dans les situations complexes. La même boite à outils est utilisée, quelle que soit la situation ! Cependant, décider sur un enjeu collectif en se fiant à son intuition, son expérience ou à un rapport d’experts, est le plus court chemin vers une décision absurde ou irrationnelle. La démonstration scientifique de cette affirmation consiste simplement à observer l’état actuel du monde.

Un nouveau processus décisionnel pour les dirigeants politiques : l’hybridation !

Voici un tableau pour résumer la situation et le choix que nous avons à faire pour les 50 prochaines années :

excellence démocratique - VICA

Autrement = HYBRIDATION

1. Co-construire : hybrider les idées provenant d’expertises différentes grâce à des techniques de co-développement de décision type Codev Stratégique (ne pas confondre co-construire avec co-créer, innover, partager, discuter ou collaborer). Une solution réellement hybridée a 2 caractéristiques : (1) elle n’était dans la tête de personne au début du processus de réflexion ; (2) elle ne satisfait personne et ne mécontente personne, car elle trouve un point d’équilibre entre toutes les contraintes exprimées par toutes les parties prenantes : ce n’est pas la solution que je souhaitais (cela ne va pas assez loin), mais les contraintes que j’ai exprimées ont été prises en compte dans la solution hybridée.

2. Approche holistique et systémique pour intégrer toutes les parties prenantes dans la réflexion afin de permettre l’émergence d’une grande diversité d’idées et ensuite leur hybridation.

3. Intégrer dans la prise de décision le concept d’obsolescence décisionnelle programmée pour anticiper les crises plutôt que de les gérer.

4. Gérer l’impact de nos 188 biais cognitifs avec des méthodes éprouvées, mais peu connues.

5. Gérer les risques décisionnels sur les phases amont et aval d’une réflexion en s’appuyant sur des questionnements récurrent, émergent ou exploratoire – détails en bas de cet article.

Nos dirigeants politiques héroïques et omniscients vont certainement refuser “Autrement” et choisir “Pareil”. Cependant, “Pareil” nous a conduits à la situation actuelle qui est moins sympathique que celle que nous connaissions il y a 50 ans. Je repose donc ma question initiale :

Si les processus décisionnels (rapport d’experts, sondages, lobbying…) mis en œuvre dans les 50 dernières années sont utilisés à l’identique dans les 50 prochaines années dans un monde VICA (volatil, incertain, complexe et ambigu), à votre avis, que va-t-il se passer ?

Merci de partager votre réponse dans les commentaires ! De mon côté, je propose dans mon dernier livre une analyse approfondie de ce qui va se passer et surtout comment l’éviter avec des solutions simples et puissantes que nous pourrions mettre en place rapidement pour traiter la cause de notre situation et pas uniquement les symptômes : L’excellence démocratique.


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Author: Olivier Zara

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