Claude Allègre, incarnation d’une imposture climato-politique ?

Comme vous le savez si vous lisez ce blog depuis son ouverture il y a un an, les changements climatiques me préoccupent. Depuis que je vis au Canada (6 ans déjà), j’observe de ma fenêtre des saisons qui ne se ressemblent pas d’une année sur l’autre au point que j’ai du mal à dire ce qu’est le climat du Canada. J’interroge les anciens (amis, voisins,…) sur ces changements, ils confirment un “dérèglement”, ils décrivent une imprévisibilité.

Comme Véronique Anger, auteur d’un livre sur l’écolomania, je n’accepte pas le dogmatisme, les guerres de religion, les combats “politiques” sous couvert de débat d’idées. Je trouve sain qu’il existe une controverse sur le pourquoi et le comment de ces changements. Je suis donc et resterais à l’écoute de ce que les climato-sceptiques ont à dire. Ainsi, je vous invite à lire cet article d’un climato-sceptique du 27 mars 2010, Le Monde : La religion de la catastrophe

Dans un précédent billet, je m’interrogeais sur la véracité d’une affirmation de Vincent Courtillot selon laquelle la température serait en baisse depuis 1998 sur la planète et non en hausse. Un commentaire anonyme a confirmé ses propos, je cite : “Malgré des bidouillages douteux des données de température, il est effectivement admis par tous que les températures baissent légèrement depuis 1998. La glace de l’antarctique ne fond pas et depuis bien longtemps. La glace de l’arctique a gagne 26% entre 2006 et maintenant”. Pourquoi pas, mais où sont les références scientifiques ? Un enfant de 4 ans pourrait me dire la même chose.

Pierre-Yves Meslin me signale (en commentaire sur ce billet) un article de Libération du 22 janvier 2010 qui indique que les températures montent : 2009, deuxième année la plus chaude … et 2010 sera encore pire lit-on à la fin de l’article !

Dans un autre article du 23 mars 2010, Libération m’aide à y voir plus clair sur cette question des variations de température sur les 10 dernières années  (jusqu’à nouvelle preuve du nouveau contraire !). Elles seraient bien en  hausse mais Claude Allègre sous couvert de “simplification” à tout simplement inversé la courbe pour la mettre en baisse ! Incroyable ? Oui et si vous ne me croyez pas, jetez-vous sur ces articles de presse :

Dans son livre «l’Imposture climatique», l’ancien ministre détourne une publication scientifique. Indigné, son auteur, Hakan Grudd, a fait parvenir à «Libération» la preuve de la falsification.

Climat : Allègre part en courbes

Sur le blog de Libération, on peut lire la réponse complète de Claude Allègre :

Claude Allègre accusé de falsification par Håkan Grudd

Sa réponse me semble hallucinante pour un “scientifique”. Il avoue et assume cet “erreur” expliquant que son ouvrage est avant tout politique. Cela ressemble plus à du marketing politique qu’à de la science. Il dénonce une imposture pour se rendre coupable d’une autre. Il dénonce l’absence de preuves scientifiques tout en falsifiant lui-même les chiffres. Alors Claude Allègre, imposteur ?

Quoique je lise maintenant, je dois avouer que la confiance est rompue. Certains experts “alarmistes” sont peut-être trop sûrs d’eux (cf. ClimateGate) mais ni plus ni moins que certains experts “sceptiques”. D’une manière générale, on sait que la première qualité d’un expert est de se tromper selon les règles…

Comme je l’indiquais dans ce billet, en réaction aux propos de Vincent Courtillot, et si, comme moi, vous ne savez plus quoi penser de tout ça, voici 4 idées à discuter :

1 – Est-ce que 1% de sceptiques peuvent avoir raison contre 99% d’alarmistes. Cela me fait penser aux “predictions markets” et à l’intuition collective. Ce n’est pas très scientifique mais cela a fait ses preuves dans d’autres domaines.

2 – D’un point de vue politique, de choix de société et écologique, il me semble qu’il faut réduire le CO2 pour réduire la pollution (réchauffement climatique ou pas) et ce d’autant plus qu’on a passé le pic pétrolier (offre de pétrole inférieure à la demande),

3 – En droit, quand il y a un faisceau de présomptions, cela équivaut à une preuve. Est-ce que ce n’est pas le cas pour le réchauffement climatique que cela soit ou non prouvé scientifiquement ?

4 – Est-ce que le principe de précaution ne doit pas s’appliquer quand autant de scientifiques convergent dans le même sens ? Même s’ils ont tous torts !!?

En résumé, voilà ce que je crois à date de publication de ce billet et prêt à changer d’avis demain :

– Le réchauffement climatique n’est pas prouvé scientifiquement (c’est-à-dire au sens premier du terme) mais il pourrait l’être dans une centaine d’années, probablement a posteriori … quand ce sera trop tard ! Évidemment, si on affirme ça publiquement, le sommet de Copenhague sera le premier échec d’une longue série. A vrai dire, en l’absence de gouvernance mondiale, je vois mal comment on pourrait réussir à court terme…

– Les 4 idées énoncées ci-dessus (que vous pouvez enrichir dans les commentaires) à savoir intuition collective, faisceau de présomptions, pic pétrolier et principe de précaution me font penser qu’il faut faire comme si le réchauffement climatique était prouvé scientifiquement !

– Les climato-sceptiques s’engouffrent dans la brèche de ce manque de “preuves scientifiques” pour tout détruire comme si le risque n’existait pas. D’un excès d’alarmisme, on devient légitime à faire de l’excès d’optimisme alors que la vérité est sûrement ailleurs.

– L’article du Monde “la religion de la catastrophe” cité ci-dessus explique qu’il y a d’autres risques bien plus graves et déjà observables qu’on devrait traiter en priorité plutôt que de se soucier des risques potentiels qui mettent en danger le développement économique. Je pense qu’ignorer ou minimiser un risque est un choix politique et non un argument scientifique ou démocratique.  A la limite, laissons le peuple décider s’il veut ou non mettre en œuvre le principe de précaution car c’est lui qui collectivement en assumera les conséquences. Par ailleurs, avec tous les fonctionnaires, ministres et politiciens de cette planète, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas gérer plusieurs types de risques en même temps.

– On a tout à gagner dans une perspective de développement durable (moins de pollution en particulier) à jouer la carte de la lutte contre le réchauffement climatique.

– Si le réchauffement climatique n’est pas prouvé scientifiquement, Vincent Courtillot, Claude Allègre & Co ne démontrent pas qu’il n’aura pas lieu. Et ce, d’autant plus, que d’après le chercheur du CNRS sur la vidéo de TV5 Monde, la climatologie n’est pas une science. En résumé, si on suit ce raisonnement, on ne peut rien démontrer ni dans un sens, ni dans l’autre donc le réchauffement climatique est possible ! Sur la base de l’intuition collective, on peut même penser qu’il y a 99% de chances qu’il arrive.

– Si on se trompe et qu’il n’y a pas de réchauffement, qu’est-ce qu’on aura perdu ? L’ancien monde pollué au Co2 ? Nos voitures rouleront à l’hydrogène au lieu du pétrole, et alors ? Des entreprises pétrolières vont disparaître, d’autres vont naître : c’est la vie ! Finalement, on est à la fois dans de la résistance au changement (je veux garder le monde comme il est) et de la gestion des risques (risk management = probabilité que le non changement provoque une catastrophe).

– Si on réfléchit “un peu”, on doit trouver un moyen d’évoluer sans créer de cataclysme économique. Le savoir-réfléchir est la compétence clé du 3ème millénaire mais est-ce qu’on saura la mettre en oeuvre au début du millénaire ou à la fin, that is the question!

-Ce qui pollue le débat et les recherches scientifiques sur le changement climatique, ce sont les militants politiques. D’un côté, les gauchistes, communistes, intellectuels ou trotskistes qui voient dans les thèses des alarmistes une façon de lutter contre le capitalisme, l’argent, le travail, l’oppression – et allons-y pour le retour du malthusianisme (thèse de la décroissance), tant pis pour ceux qui n’ont pas eu le temps de profiter de la croissance économique. De l’autre côté, les conservateurs, ultra-conservateurs, individualistes, intellectuels, capitalistes qui ne veulent pas qu’on change leur mode de vie, LEUR monde et qui sont prêts à soutenir tout ceux qui pourraient les aider à ce que RIEN ne change même si ce “non changement” doit mettre en péril l’avenir de l’humanité.

– Tout comme Véronique Anger, je trouve déplorable que cette question du réchauffement climatique à la fois politique et environnementale se transforme en guerre de religions. On doit laisser les “conservateurs”, les “opposants”, les “sceptiques” (peu importe le nom qu’on leur donne) s’exprimer sans les harceler telle l’inquisition. C’est le principe même de la démocratie qui est en jeu !

Author: Olivier Zara

www.olivier-zara.com

5 thoughts on “Claude Allègre, incarnation d’une imposture climato-politique ?”

  1. Je me souviens d’un professeur qui répondait à un élève ne pouvant pas trop argumenté sa réponse à une question posée, que ce n’était pas tout d’avoir des opinions, mais que c’était encore mieux d’avoir des idées. Si j’en viens à évoquer cela, c’est parce que le sens critique et le débat sont, je trouve, de plus en plus absent dans notre société. Tel l’acte de consommer qui est un acte facile, immédiat, on considère que les problèmes de société peuvent être réglé en deux temps trois mouvements, et que la réflexion ne s’impose pas. Comme je l’ai déjà évoqué dans d’autres interventions, la notoriété de la personne qui émet un avis ou une opinion est prépondérante dans l’acceptation d’un avis, d’une idée, d’une théorie, plutôt que les compétences de cette dernière qui permettent ou non d’émettre un avis censé et pertinent sur une problématique donnée. J’entends par là que l’on accorde plus de crédit à un ancien présentateur d’émission de télévision sur des avis en matière d’écologie plutôt que de l’avis émis par des scientifiques. Il est évident que ces derniers ne détiennent pas toujours la vérité absolue, la science étant en perpétuelle évolution, mais il me semble qu’ils établissent un argumentaire basée sur des connaissances, et non bâti sur une notoriété et sur des émotions. La puissance des médias et la notoriété de certaines personnes peuvent contribuer à répandre des idées erronées sur un sujet donné.

    On s’est beaucoup focalisé sur la question du CO2, mais on parle peu des autres formes de polluants. Or, on peut raisonnablement penser que ces diverses formes de polluant sont émises par la combustion d’énergies fossiles, utilisées dans l’industrie ou par les modes de transport. Comme évoqué aussi en réponse à un autre billet, il me semble beaucoup plus important de se préoccuper de la préservation des ressources naturelles, et de ce fait de développer des sources d’énergies renouvelables et alternatives. On contribuerait, à réduire une source d’émission de CO2 et de polluant, et peut-être à enrayer le mécanisme de réchauffement climatique. Je dis peut-être car en science, les certitudes ne sont jamais absolues.

    Qu’il y ait des faisceaux de présomptions ne me semble pas devoir être absolument considéré comme une preuve en tant que telle, mais cela doit nous amener à réfléchir au problème, à le comprendre, à le cerner, et à prendre des mesures concrètes. On en arrive à évoquer l’application du principe de précaution qui me semble une bonne chose, mais qui doit s’inscrire dans une optique beaucoup plus large, qui doit prendre en compte tout les éléments de la chaîne. En reprenant l’exemple que je site plus haut, je n’ai pas de certitude absolue que la diminution de consommation d’énergie fossile et de quantité de CO2 va nécessairement contribuer à inverser le phénomène de réchauffement climatique, mais elle aura un impact positif en matière de préservation des ressources naturelles et de préservation environnementale. Pour convaincre les gens, il faut parfois évoquer certains arguments qui n’ont pas un lien direct, mais qui peuvent les sensibiliser. Je pense au slogan lancé par un producteur d’énergie en Belgique qui dit que l’énergie la moins chère, c’est celle que vous ne consommez pas, ce qui est tout bénéfice pour le portefeuille, mais aussi pour l’environnement.

    Le tout est de pouvoir agir de façon collective, de trouver les bonnes raisons et les bons arguments pour agir, et non pas pour ne pas agir. Il n’est pas rare d’entendre des gens douter et être sceptique, ce qui est bien sûr leur droit, mais parce qu’un changement de comportement et d’attitude bousculerait leurs petites habitudes. L’individualisme ne contribue pas à avancer dans ce type de problème de société.

  2. Sans rentrer dans une réflexion approfondie du sujet abordé, cela me fait plaisir de voir ces 2 avis, celui d’Olivier et du commentaire juste ci-dessous, qui incitent à la mesure et à l’intelligence devant des situations dont la complexité nous dépasse tellement…
    Notre instinct de survie lié à la transparence des informations planétaires bien que parasitées de toute part nous permettra-t-elle de dépasser notre individualisme justement pour changer de braquet et pour agir au mieux pour notre terre et nos enfants ?
    Certainement une réponse réside dans la révolution de quelques petits gestes quotidiens…
    A suivre

  3. L’évolution de la température au cours de la dernière décennie semble venir contredire les arguments de Courtillot et Allègre qui portent sur la période actuelle !

    Voir la référence sur le lien suivant :

    http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/01/2009-deuxi%C3%A8me-ann%C3%A9e-la-plus-chaude-nasa-hansen.html

    J’ajouterais une autre problématique à celles que vous avez énoncées : quand on ne connaît pas un sujet, quelle attitude adopter ? faire confiance à ceux qui maîtrisent mieux le sujet que nous (je n’inclue donc pas Courtillot et Allègre qui ne connaissent pas plus la physique de l’atmosphère que vous et moi la tectonique des plaques), ou faire prédominer le doute, voire se retrancher dans une attitude sceptique a priori ?

    Cela rejoint la question du consensus, scientifique tout d’abord, puis élargi à la société. A quel stade de la réflexion le grand public doit-il trancher, par exemple dans le débat sur le créationnisme, laissant la liberté à une minorité d’y croire, mais n’y attachant plus d’importance pour sa propre analyse et compréhension des problèmes ?

  4. Il faut aussi prêter une grande attention à la cohérence des discours ou argumentaires. Ainsi, Allègre réfute la notion même de “température globale”. Or, il affirme par ailleurs que la température a souvent été aussi élevée dans le passé qu’aujourd’hui. A quelle température fait-il allusion ?? s’il est cohérent avec lui-même, il ne peut dire que la température globale a été plus élevée qu’aujourd’hui, puisqu’il réfute ce concept. En réalité, il fait alors référence à des températures locales. Mais quelle est la pertinence de ces températures, dans son référentiel de pensée ? A partir de quelle étendue spatiale la température moyenne passe-t-elle de pertinente à non pertinente ? C’est visiblement lui qui fixe le critère qui convient à son argumentaire.

    Et à partir de quelle grandeur thermodynamique compte-t-il caractériser si un système se réchauffe ou non ? Pourquoi n’étend-il pas son discours de négation à la température moyenne d’une casserole d’eau qui chauffe ?

    Etonnant ! Il se prive déjà des seuls outils à disposition pour comprendre et prédire l’évolution climatique (la modélisation numérique intégrant des observations), et maintenant il se prive d’une notion essentielle pour dire s’il y a réchauffement ou non !

    Comment compte-t-il alors prouver qu’il a raison ?? En fait, ça l’arrange de prôner l’impossibilité de trancher (car il s’agit bien de cela, même s’il ne s’en rend pas compte car il n’analyse jamais sa propre rhétorique) : il ne cherche pas tant à montrer qu’il a raison qu’à dénigrer les autres. Je pense qu’un psychologue pourrait facilement mettre un nom sur ce mécanisme de défense des gens vaniteux.

    Je pense que le débat porte en fait plus sur des questions de psychologie : débat entre une minorité de gens vaniteux (qui, au passage, risque d’aller trop loin pour se désavouer un jour, maintenant l’idée qu’un consensus n’est pas établi), et une majorité de gens, qui, en moyenne, sont plus humbles (même s’il y a des gens vaniteux dans le tas, la moyenne, elle, l’est beaucoup moins).

    Faire confiance aux humbles ou aux vaniteux ??

  5. Merci pour la qualité des commentaires. Il est temps que l’intelligence collective s’impose contre les fanatismes politiques qui instrumentalisent les scientifiques pour imposer leur vision du monde !

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